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Lundi 24 mars 2008

Une journee agreable a Delhi, comme quoi il ne faut pas deseperer! C’est la quatrieme fois que j’y sejourne et n’ayant encore vu aucun de ces monuments, je me suis accorde une séance de ratrapage. Au menu, le Fort Rouge d’Old Delhi. Ces pierres rouges lui conferent indeniablement un air imposant. Il fut le siege du pouvoir Moghol en Inde pendant des siecles. Cela dit, je suis plutot decu par le lieu, les palais moghols ne sont somme toute gueres impressionants et cette architecture militaire a un air de deja vu. Le musee sur l’independence indienne est interessant et a moins le merite de nous rappeller que Gandhi etait vraiment un homme impressionant. Humayun’s Tomb vaut le detour. Cette construction moghol fut erigee avant le Taj Mahal et il est aise de deviner qui a insipire qui. De part son architecture et son jardin, on pense tout de suite au symbol de l’Inde. Finalement Delhi peut etre une ville agreable si on sais s’eloigner de ses arteres bruyantes. La ville possede un certain nombre de beaux jardins et de lieux dont la quietude constraste avec la frenesie de ses rues.
 
Connaught Place, les Champs Elysees de Delhi. Au centre de cette place circulaire, un parc sur la pelouse duquel la jeunesse doree de Delhi vient flaner. De jeunes couples viennent y flirter a l’abri du regard de leur famille. J’y rencontre des nettoyeurs d’oreilles. Une premiere! Cotons tiges sous leur bandana, ils vous harcelent pour vous nettoyer le conduit auditif. Comme ils vous le declarent tout de go: “c’est important, cela permet d’avoir une meilleure connection avec le cerveau et le reste du corps!” Vous avez droit gratuitement a un controle qui bien sur est toujours negative! ” Houla pas bon, il faut nettoyer ca” me lance-t-il tout sourire. Funny!
 
Durant cette journee, j’ai passé pas mal de temps dans le traffic dense de la ville. L’on y apercevoit plus facilement la face sombre de la ville. Je veut parler de la pauvrete d’une grande partie de la population. Au feux, les mendiants vous assiegent literralement. Surtout en rickshaw ou vous avez alors le contact physique en plus. Comme ainsi cette petite fille devant le Fort Rouge qui implore des roupies en me caressant la jambe. Puis les caresses se transfornent alors en petites tapes insistantes.Et derangeantes. Pourquoi ne pas donner a elle? Pourquoi a une autre? On ne la regarde que fugitivement dans les yeux. La regarder c’est deja lui donner l’espoir de quelques roupies. Il vaut mieux lui epargner cela. Un sourire oui, bref, car les sourires ne nourrisent pas. Les yeux sont braques devant soit et on maudit ce feux qui ne passe pas au vert. On se maudit aussi de vouloir qu’il passe au vert. On maudit cette situation et cette injustice Pas le temps de se mettre a sa place, de toute maniere il ne vaut mieux pas. On ne veut pas se gacher le moment, la journee, pas que ca a faire, des sites touristiques attendent, c’est important.. Devant les multiples solicitations, on se surprend a devenir insensible, on ferme la porte de son coeur. Pas tres agreable comme impression. Pourtant il suffit d’entre ouvrire la porte une seconde pour qu’un vent glacial et douloureux vous touche. Plus facile de fermer la porte, necessaire meme. Donner c’est parfois aussi autant un geste altruiste qu’egoiste. Car cela soulage sa bonne conscience, cela fait du bien parfois. Un autre carrefour, un autre mendiant auquel il manque un bras. Il me fait signe de prendre son moignon en photo, c’est esthetique parfois le malheure et la souffrance.



Reveil a l’aube pour prendre le train direction Amritsar et son temple d’or au nord-ouest de Delhi. Les quais sont bondes de monde comme d’habitude. Les gares indiennes ont ceci de fascinant que qu’elle que soit l’heure du jour ou de la nuit, elles sont grouillantes de monde et de vie. C’est une ruche permanente. La gare de New Delhi (la ville en compte trois) et ses 14 quais en est bien sur l’archetype. Toutes les castes, toutes les religions, toutes les nationalites s’y croisent sans cesse. Le train a peine immobilise a quai et c’est la ruee a l’interieur. C’est de la folie. Toute politesse est oubliee, c’est chacun pour sa pomme. De toute maniere, indien et politesse ne vont pas ensemble. Je me fait bousculer de tout cote. Les plus dangereuses restent les vieilles dames, qui sans doute par experience et pretextant leur age, n’hesitent pas a foncer dans le tas. Mon gros sac sur le dos, je suis a deux doigts de me faire ejecter. Elles sont terribles je vous dis. Au bout d’un moment, je met de cote les conventions internationnales et je joue de mon sac a dos deux fois plus large que moi pour me frayer un chemin. A la guerre comme a la guerre!

Je me retouve assis pres d’un couple de touriste du Bangladesh. Elle, plus ou moiins malade, est aussi peu prolixe en paroles que son mari est bavard. Le contraste ne s’arrete pas la. Elle doit bien faire deux foids son poids. Lui est frele, mince et sec. Comme beaucoup d’homme de son genre, il est nerveux et ne tient pas en place. Se rendant au Cachemire, il passe une bonne partie de son temps a poser des questions pratiques aux deux grands et costauds siks qui sont en face sur la banquette. Visiblement, il leur prend la tete mais ils sont patients. Avec moi il a vite laisse tomber la conversation devant mon peu de volonte. Il faut dire qu’au premier echange en anglais, il m’a demande pourquoi je parlais espagnol, ce qui a emousse quelque peu mon amour propre. Je sais bien que je parle anglais comme un francais mais tout de meme!

Le train est bonde comme jamais. Je suis assis mais le trajet est long et eprouvant malgre tout. Dans le couloir, c’est la coure des miracles qui defile. Entre les vendeurs de tout poil, de pauvres heres sans jambs ou bras quand ce n’est pas les deux se trainent afin de quemander leur subsistance. Parmie eux, un couple de travesties! Elles, enfin ils si vous preferez, me parlent en hindis avec de grands gestes de la main. Je ne comprend rien mais cela doit etre un truc du genre” et mon chou, tu as peu des roupies , allez dit, ca me ferais plaisir...”. Je me pince mais non je ne reve pas.


Le temple d’or est une merveille. Je le classe au meme niveau que le Taj Mahal. Apres vous etre dechausses et couvert la tete d’un bandana orange, une fois vos pieds purifies dans un bassin, vous vous retrouvez sans crier gare face a une masse doree au milieu d’une etendue d’eau. La vous ne faites pas un pas de plus pendant quelques secondes le temps de realiser. Le temple se reflechit dans ces eaux sacrees. Le long de ses dernieres, les sikhs marchent sur du marbre blanc, y prient ou y font leur toilette. Il y regne une animation permanente et une atmopshere unique qui vous prend. J’y reste avec plaisir des heures entieres. Le temple d’or est le lieu le plus sacre pour la communaute sikh. Les sikhs representent seulement 2% de la population indienne mais c’est une minorite solidaire et tres presente dans le commerce et l’economie. Il est facile de les reconnaitre, ils portent tous une barbe bien fournie et un gros turban de couleurs variees. Pour simplifier, cette religion nee au XVeme siecle est basee sur l’existence d’un Dieu unique. Les sikhs rejetent les castes, toutes representations divines et intermediaires entre les fideles et Dieu. Ils sont aussi vegetariens. Les sikhs furent de farouches guerriers, ils infligerent aux anglais leur pire defaite lors de la conquete des Indes. Depuis le debut du voyage, les indiens les plus souriants, les plus agreables et les plus ouverts que j’ai rencontre furent souvent des sikhs. L’atmosphere a l’interieur du temple est unique aussi. Des pretres y chantent en permanence, y jouent de la musique tandis que l’un d’entre eux lit les pages du Granth Sahib, le livre sacre des sikhs. Celui-ci est le plus imposant livre que j’ai vu de ma vie. Le pretre, grande barbe et turban rose, assis devant lui parait tout petit!


Ashim a le visage burine et couvert de rides. Il ne lui reste que deux dents de part et d’autres de sa machoir superieure. Etrangement longues, celles-ci lui donne un vague air de morse. Ashim conduit un velo rickshaw, je suis tombe sur lui a la gare d’Amristar. Il m’a tout de suite plus, il faut dire qu’il n’est pas du genre collant et insistant. Agreable, il est en plus plutot cultive, me parlant des difficultes au Cachemire ou des repercussions de l’euro sur le pouvoir d’achat des europeens(!). A la question du prix d’une course, Ashim repond toujours “comme vous voulez Monsieur”. Et lorsque je paye, il ne demande jamais plus. Sa methode est intelligente car de ce fait je suis enclin a mieux le payer. Il va etre mon rickshaw attitre pour ces deux jours a Amrirtar. Il me fait ainsi decouvire Durgiana Temple (une pale imitation du Temple d’Or de la part des hindous) et un des lieux de cremation de la ville. Les restes de cremations sont encore visibles sur certains emplacements. Les cendres du defunt et du bois utilise sont mélanges en un imposant amas. Au milieu, on distingue des bouts d’os. Il en reste toujours car l’os est difficile a consumer. Les familles des defunts reviennent souvent quelques jours apres chercher ces restes qui remplissent aisement un grand sac. Les cendres seront ensuite un jour verses dans les eaux sacres du Gange. Au moment de repartir, un corps arrive recouvert et escorte par plusieurs membres de la famille. Un tas de bois est deja en place. Le brahmane dispose de l’huile sur le visage et le corps pour faciliter la combustion. Puis on le recouvre de bois avant d’allumer le bucher en divers endroits. Au bout de 10 mm de prieres, la famille s’en va tandis que le corps commence a etre pris par les flammes purificatrices.


Amritsar est connue aussi pour un episode tragique de l’histoire de l’Inde. En 1919, face a une nouvelle loi permettant au anglais d’emprisonner et de condamner tout indien sans proces, 20 000 indiens se reunirent pacifiquement dans le grand jardin de Jalianwala Bagh. Les troupes du General Dyer, bloquant la seule sortie, ouvrirent le feu et tuerent pres de 400 personnes. Le General Dyer fut malgre tout felicite par le Parlement Britannique…


Toujours dans le registre militaire, la ceremonie de cloture de la frontiere indo-pakistanaise a Wagha est un moment hallucinant. Une foule d’indiens se masse sur les gradins comme a un spectacle. Idem cote pakistanais. Un maitre de ceremonie chauffe la foule, des indiennes se tremoussent sur de la dance indienne. Drapeaux, grands cris a la gloire de l’Inde rythment cette ceremonie qui se deroule chaque jour. Des soldats se dirigent vers la barricade en levant bien haut les jambes, la poitrine bien gonflee, le regard serieux et hautain pour s’arreter a 2 cm de leur homologues, les yeux dans les yeux. C’en est comique. Mais ce grand delire nationaliste me stature vite et je part avant la fin. Dans le taxi qui me reconduit a Amritsar, de jeunes indiens me demandent si j’ai aime le show. Je leur repond, un brin provocateur, que c’etait assez drole. Silence. Ils me demandent pourquoi, ils ne comprenent pas. Je prefere alors changer de sujet. J’aurais pu leur dire que le nationalisme est une mauvaise chose, les trois guerres indo-pakistanaises depuis l’independance ne sont-elles pas suffisantes? Personnellement, j’ai une certaine aversion pour la chose militaire. J’ai du mal a comprendre ceux qui y font carriere. Au regard de l’histoire, le soldat sort souvent broye par la machine militaire, il n’est que de la chaire a canon utilisee a des fins politiques, souvent negatives. La fonction premiere d’un militaire c’est de tuer et de finire parfois tuer. Cela vous fait envie? J’irais meme plus loin, la frontiere entre militaire et criminelle est souvent faible. Les guerres menees pour la colonisation? Des guerres criminelles, voir des genocides. Toutes les armees des puissances colonials furent des armees criminelles. Mais cela on n’est pas pres de le voir ecrit dans nos livres d’histoire ni a l’entendre de la bouche de professeurs. Bon mais la je m’egard, revenons a nos indiens!

 

Cette ceremonie m’a donne envie de faire une viree cote pakistanais. Pourquoi ne pas passer quelques jours a Lahore vu ma proximite? Mais un routard me rapporte sa rencontre avec un allemand revenant justement de cette ville il y a quelques jours. L’hotel a cote du sien a ete la cible d’une bombe. Les touristes etaient visees. Des dizaines de morts. L’allemand est aussitot partie du pays. Moi cela m’a calme d’un coup. La securite c’est un peu comme un gruyere. Vous pouvez avoir l’impression que l’endroit est safe en passant a travers les trous. Mais il suffit de ne pas avoir de chance pour avoir une toute autre opinion…






Par Fabrice - Publié dans : Inde - Népal 2008
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Commentaires

J'ai adoré votre reportage : en effet votre voyage m'a permis d'être un peu avec vous  tellement il est vivant : je pourrai visiter l'exposition  l'Inde Magique" plus informée.Merci
Commentaire n°1 posté par jeanine le 27/06/2009 à 15h41
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