“Tu es un sentimental toi n'est ce pas?” me sort ce francais quinquagénaire devant son mango shake au With
Rose, un de mes restaurants preferes. Serge est tombe amoureux du pays au premier regard comme disenL'orphelinatt les anglais. “ Je me suis leve ce premier matin et sur les bords de la riviere,
les couleurs, les sourires, les scenes de vie m'ont touchees. Vraiment.” Depuis il est revenu regulierement.au Cambodge. Et specialement a Battambang. Aussi il comprend tout a fait qu'au dernier
moment je ne suis pas parti pour Bangkok prendre mon vol. Pas envie de partir, un truc me disait de rester encore.
L'avantage en voyage c'est qu'on est moins dans l'artifice. Je veut dire la franchise est plus facile et courante. Apres tout on est dans l'ephemere, dans l'immédiat. Et relaxe. On s'embarasse
moins du superflu et des tournures superficielles. A quoi bon. Des destins qui se croisent et se decroisent. On est plus vrai, je pense que c'est le cas pour un peu tout le monde. Pas de rapport
professionnel, pas de rapport profond, familial, amicale ou amoureux qui parfois empeche la franchise. Pas d'enjeux. Ces personnes ne vous jugeront que quelques heures, et encore si ils vous
jugent. Moins d'artifices dans la rencontre qui est parfois une seduction d'une facon general. Et je vous parle pas de la seduction amoureuse qui est bien souvent du mensonge entre les non dit et
le travestissement de la verite. Plus facile de dire a une fille qu'elle est jolie, sans arriere pensee aucune, juste car on le pense, pour se faire plaisir d'avoir fait plaisir et d'avoir recue
en retour un sourire. Idem pour dire son affection a une personne rencontree.
C'est par Elisa que j'ai eu vent de Tara et de son histoire. J'ai eu aussitôt envie de la rencontrer et de visiter son orphelinat. Tara Winkler est une jeune australienne, un petit bout de femme
etonnante. A 21 ans, cette énergique brune a cree un orphelinat il y a deux ans apres avoir ete volontaire a Battambang et avoir visite un orphelinat locale. Ils sont nombreux au Cambodge. Elle
fut choquee par les abus perpetres sur des enfants par le directeur du centre. Aussi elle decida de soustraire ces 14 enfants de la peur et de fonder l'ONG «The Cambodian Children’s Trust» (CCT).
L'orphelinat abrite desormais 18 enfants. Le but n'est pas l'adoption mais de leur donner le meilleur environnement au niveau de la sante, de l'education et du bien etre a ces enfants. Le CCT est
tres different du Children's village de Phnom Penh qui est une grosse structure. Ici Tara est seconde par un directeur cambodgien et deux travailleur sociaux. La premiere annee, elle s'est occupe
7/7 des enfants tout en essayant de trouver des financements. Elle parle khmer couramment et visiblement elle se sent chez elle. Les enfants sont adorables, ils aiment recevoir de la visite et
leur recherche de contact montre leur manque d'affection. Attachants. Je leur laisse au passage des livres de contes en khmer et en anglais pour leur petite bibliothèque. Le centre est encore
bien modeste.
Tara a troque son scooter contre un 4x4. En raison de menaces de mort. Le procès du directeur du centre ou elle a sortie ses enfants s'ouvre cette semaine. Inutile de vous dire combien elle est
stressee et debordee. Les trois filles qui ont ete violées trouvent difficilement le sommeil a l'approche du proces. Ce qui est incroyable c'est que le directeur est encore en exercice! La police
s'en moque. Tara est septique quand au resultat du proces d'ailleurs. Corruption, corruption. Elle a meme des doutes au sujet de son avocat c'est vous dire! Son experience a du etre
incroyablement forte pour l'avoir amener a prendre ce genre de deciscion. En ce sens, l'homme du proces a changer sa vie. Alors qu'elle avait debute une carrière dans l'industrie du film. La
voilà a 23 ans dans une toute autre direction. La communaute d'expat est ici petite et de toute maniere elle n'a guere le temps de la cotoyer. La solitude doit peser. Elle passe aussi beaucoup de
son temps a chercher de l'argent, le nerf de la guerre. Le fonctionnement du centre revient a 50 000 dollars par an. Tout de meme. Je me demande ou ce genre de personne tire sa motivation, celle
de se donner ainsi aux autres. Peut-etre est ce une facon de combler une blessur interieure. Ne dit-ont pas ca des gens qui travaillent dans le social ou l'humanitaire? Faut que je parle de tout
ca a mon chinois.
Le complexe de Moise. C'est pas ce terme que les psychologues designent les souffrances des adoptes. Souffrances causees par l'abandon de la part de la mère naturelle et qui ne s'effacera jamais
quelque soit l'amour des parents adoptant. Tout au plus peuvent-ils l'attenuer. La vie des adoptes est donc souvent chaotiques. Double loyaute des enfants envers leurs deux mers, desire de
retrouver ses origines, pression des parents mis sur les adoptes, difference culturelle dans le cas des enfants d'ailleurs etc....Etre parents adoptant est plus difficile que d''elever ses
propres enfants. Il faut etre plus que bien avec soi-meme. Dire que certains adoptent a la suite plusieurs enfants sans tenir compte de la chronologie de leur ages. Et que dire de ceux qui
souhaitent adopter alors qu'ils pourraient donner la vie. Ce desir en apparence genereux cacherait en fait un manque, une envie de donner un sens a leur vie entrainant des reports dommageables
sur l'enfant. Plus on adopte un enfant age, plus sera dure son adaptation a sa nouvelle vie. Bref, l'adoption est un choix difficile, doit etre murement reflechis et reserve aux couples ne
pouvant avoir d'enfant naturel. Pour nombre de responsable d'orphelinat, l'adoption n'est d'ailleurs pas la panacée et encore moins le but. Ce qui est loin d'etre le cas de tout les orphelinats
locales gangrenes par la corruption et meme le trafic d'enfants. Car oui l'adoption est parfois un trafic humain, certains n'hesitent pas a vendre des enfants a des occidentaux ou les acheter a
leur famille. Certains ne fournissent que peu d'infos sur la provenance des enfants ou permettent au parents de pouvoir choisir. Ce qui est une mauvaise chose Vous avez meme des organismes sur le
net ou vous pouvez choisir votre enfant comme une vulgaire marchandise.
Cours de cuisine au Smoking's Pot. Enfin je vais apprendre a cuisiner mon plat cambodgien favori: le fish amok. Niam niam! Le poisson est baigne dans un jus de noix de coco avec bien sur divers
autres ingrediens. Au marche, le poisson encore vivant est tue et decoupe sur le champ. La viande sent moins par contre la fraicheur, les mouches y pilulent. Je me rappelle pourquoi j'etais
devenu vegetarien l'annee passee. Enfin une raison parmi d'autres.
Fatigue. Si, si je vous jure. Je ne bosse certes pas mais je ne passe pas non plus un sejour dans un cinq etoile au bord de la piscine. La chaleure, les heures dans les bus, bouger souvent, les
levers matinaux, tout cela fait que parfois on a un coup de bar. Sur un mois, il est facile de rester au maximum. Sur plusieurs mois, le rythme baisse logiquement. Surtout que l'on épouse
invariablement au bout d'un certains temps le rythme naturel du pays!
Un cambodgien lit un article sur la mort du Roi de la Pop sur le poste voisin.
- Blanc ou noir? je lui demande?( je sais c'est les Inconnus mais lui il connait pas)
- haaaaaaaaa.....heeee je sais pas...
Il est tout perturbe. Je pousse le vice:
- falangs ou pas?
-….heee...blanc?
Dernier jour au Cambodge. “Stay another day” comme dit le slogan du bureau du Tourisme. Au final, je frise les deux mois, vous y croyez ca?
Poipet, ville frontiere de Cambodge. Ville synonyme de traffic en tout genre et de tapinage. Et surtout de la fievre du jeux qui y sevit. Tout cela va souvent ensemble. De grand hotels-casinos
luxeux se dressent face au poste frontiere. J'en connais un qui serait heureux ici....La frontiere est tellement frequentee que vous avez des cambodgiens qui se font payer pour remplire le visa
de sortie! De l'autre cote, termine les pyjamas ( mais non c'est pas une fixation). Un bus me fait traverser la far east thailandais, dans ce coin le style cow-boy fait fureur, enfin on devrait
plutot dire buffalo-boys. Bangkok encore, je n'y resterais qu'une nuit avant de prendre mon vol.
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