Une barque glisse silencieusement sur les eaux calmes du
Mekong. Le soleil commence tout juste a apparaitre timidement derriere le rideau encore sombre des arbres peuplant les berges du fleuve. Le lit, pourtant déjà imposant du fleuve, laisse deviner
son ampleur lors de la saison des pluies. “Look!” nous murmure notre guide plante debout a l’arriere de notre frele embarcation. Nous suivons la direction de son bras pour
appercevoir fugitivement la dorsal d’un dauphin. Ceux-ci, au nombre d’environ 150, font desormais l’objet d’une protection efficace du gouvernement et d’ONG comme WWF. Il faut dire que ces
sympathiques cetaces sont parmi les derniers specimens peuplant les fleuves d’Asie. Ils sont tout autour de nous, les apercevoir est donc facile. En cette horaire matinale,
nous somme les seuls touristes. Les cetaces restent a quelques dizaines de metres de notre barque et effleurent souvent tout juste la surface pour reprendre de l’air. Pas facile de les
photographier, il est vrai que nous ne sommes pas au Marineland! En Colombie aussi,il est encore possible d’observer les dauphins roses de l’Amazone. J’en
connais qui revent de les voir.
Ces dauphins sont l’interet principale de Kratie, paisible petite ville du bord du Mekong. Pas mal de
voyageurs y font une halte bienvenue en revenant ou en allant au Laos voisin. Mis a part nos amis dauphins, l’activite principale ici est de regarder le coucher de soleil sur le Mekong. En ville
et dans les villages avoisinants, les femmes ont semble-t-il adoptees une bien curieuse mode vestimentaire, celle du port diurne du pyjama! Ces derniers, aux motifs enfantins et colores, ne
les quittent jamais, de la maison au marche. A se demander si elles adoptent ensuite un pyjama de nuit.. Mon avis que cela ne doit pas favoriser la libido de leur mari…
Peu a peu, un paysage de culture cede la place a un horizon de forets, le relief se fait plus accidente, puis
le bitume capitule devant une piste de terres ocre. Depuis deux heures, une pleine lune rouse s’est elevee au dessus des terres du Ratanakiri. Cette province de l’extreme nord-est du Cambodge est
une des plus isoles du pays. Tandis qu’une chaleure ecrasante de fin de saison seche a pris possession du reste du pays, l’air frais de ces collines est le bienvenue. Ban Lung, simple petite
ville, a la pretention d’étre le centre de la province. La region a longtemps abritee le QG des Khmers rouges et a aussi subi, comme tout l’est du pays, les bombardements aveugles et
criminels des americains. La piste Ho Chi Minh avait en effet le malheur de passer sur ces terres. Comme ils ne font jamais dans la dentelle, ils
tuerent quelques 200 000 personnes. Quelques rares mines de pierres precieuses (le nom de la province signifie la colline aux joyaux) sont encore en activitees. Sur la terrasse du Tree Top Guest
House qui offre une belle vue sur les collines avoisinantes, je fait la connaissance d’une grande baraque venue du fin fond du Canada. Bobby est un pompier canadien (je sais cela fait un peu
cliché mais que voulez-vous). Mercenaire du feu, Bobby entant bien porter la lance dans le bush australien. Apres quelques mois de voyage en Asie. Le verbe rare, Bobby ne
quitte jamais ses lunettes de soleil, meme a l’ombre. Entre nous, je n’ai jamais compris ce genre d’attitude, ce port ostentatoire souvent inutile et pas tres respectueux d’un masque froid qui ne
met forcement qu’une distance avec les autres. Pourquoi cacher son regard meme a l’ombre? Cela dit, Backdraft m’accompagne dans la decouverte des alentours. Je plonge dans un lac de
cratere, qui selon certains aurait ete cause par une meteorite. Je me baigne au pied de la plus imposante chute d’eau qu’il m’est ete donne de voir jusqu’alors. Un delice pour les sens je vous
dit que ca! Au bout de ces quelques semaines, j’arrive a compter et dire quelques phrases simples en khmere. Il faut dire que le parler khmere est plutot simple car il n’y a pas de conjugaison.
Voici ce que cela donne a travers quelques exemples de phrases au combien vitales ici: “ non moi pas vouloir tuk-tuk”, “non moi pas vouloir massage boum-boum” (les deux se suivent souvent!), “non
moi pas vouloir t’epouser“, “moi vouloir une biere”(idem…!), “ houlalala ! trop chere, moi pas un pigeon de touriste”. Plus propre a Phom Phen, vous avez aussi celle-ci qui peut parfois eviter
des malentendus:” non moi pas etre homo”.
Je me joint a un couple pour un trek de 3 jours vers le Parc Naturel de Virachay. La trentaine avancee,
‘’just married”, ils font un tour du monde d’un an. L’espace d’un instand, je les envie un peu, non pas tellement pour leur voyage d’un an (quoique…) mais surtout pour cette aventure qu’ils
partagent et vivent a deux. Voila un voyage de noce comme je le souhaiterais! Lui est un imposant ecossais a la longue et epaisse chevelure. Je l’imagine tout a fait dans un role de
figurant dans un remake de Braveheart, enfin les tatouages et les percings en moins! Elle est sud-africaine, douce et plus reservee. Encore des voyageurs au long cours, comme du reste tout ceux
que j’ai pu croiser depuis le debut. Etrangement, je n’ai pas encore rencontre de voyageurs autonomes ayant fait du Cambodge l’unique destination de leurs conges payes. Mais j’en ai connu par le
passé il est vrai. Cela pourrait sembler paradoxal a bien des soi-disant casanier bien pensant en France mais il semble qu’un des effets de la crise est de jetter sur les routes du monde des
personnalites un brin aventureuses, sans doute pas mal hedonistes, curieuses, un minimum nantie je vous l’accorde pour la plupart, mais qui surtout ont su eviter les chaines que gouvernants et
industriels essayent de nous mettre. Mais je m’égard la…
Apres quelques heures de marche, nous campons dans une jungle epaisse aux arbres si hauts qu’ils semblent former une voute vegetale. La jungle est un lieu bruyant, des cris de toutes sortes la traversent. Le bruit des cygales geantes est presque assourdissant, c’est
le battement de coeur de la jungle. Souvent, un cri fort répétitif couvre tout ce tatouin, “Gecko! Gecko!Gecko!” C’est aussi le nom designant cette espece de gros lezard
emblematique des forets tropicales et considere comme un porte bonheur. La nuit venue, les bruits se font heureusement plus rares. Dans mon hamac, j’essaye de trouver le sommeil sous un ciel
etoile qu’embrase les éclairs d’un orage proche. Sale nuit, j’ai tres peu dormi, et je ne suis pas le seul. Je ne suis pas arrive a trouver la bonne position dans cet hamac qui n’etait peut-etre
pas assez tendu. Ou pas fait pour moi. Notre guide lui semble bien repose. Il me conte ses deboirs avec les parents de sa petite amie. Impossible de l’epouser sans l’accord des parents
respectifs. Le probleme, de taille, est que les parents de la promise de l’aime pas, il ne comprend pas pourquoi. Je me dit a moi-meme que peut-etre est-ce du a son bagout un brin vantard…Nous arrivons en fin de journee dans le village d’une minorite, en l’occurrence ici un village Lao. Peut de monde parle le khmere ici. Les villageois, les enfants sutout,
se pressent a notre rencontre, curieux de voir quelle tete ont ces barangs. Ils nous observent, captives par nos faits et gestes. Nous avons un peu l’impression
d’etre en quelque sorte le poste de television du coin! Les enfants sont tous adorables et beaucoup de jeunes filles sont vraiement craquantes avec leur minois aux traits reguliers, doux et
rieurs. Vous auriez presque envie de tous les adopter! La nuit, le village est entierement plonge dans le noir. Devant la faible lueure vacillante d’une lampe a petrole,
nous buvons avec notre guide une imposante bouteille d’alcool de riz. Tout en discutant du pays, nous buvons a tour de role “in one shot”. Je commence a ressentir les effets de l’alcool. Il faut
dire aussi que nous avons auparavant littéralement et non sans plaisir fait un hold up sur le stock de bieres de la maigre boutique du village.
Faisant ainsi le bonheure de la tenanciere. Le plus dure a ete d’attendre que les precieuses cannettes refroidissent dans l’eau fraiche d’un puit. J’en conviens, cela peut faire un peu alcoolique
sur les bords, mais franchement si vous aviez passer deux jours a ne boire que de l’eau bouillie avec un arriere gout rance de riz, vous seriez sans doute plus comprehensible! Devant mon
hesitation a poursuivre la curee, en tout bon ecossais qu’il est, Michael me rappelle alors avec bonhommie la Grande Alliance.. Scellee entre la
France et l’Ecosse contre l’Anglais, c’est la plus vieille alliance militaire en Europe soit dit en passant. Que faire si ce n’est refuser la capitulation et affronter de concert ces dernieres
razades?
Je me separe de ce sympathique couple qui continue sur le Laos. J’ai passé
de bons moments avec eux et je me rapplerais avec plaisir mes discussions avec cet ecossais de gauche
dans l’ame et indépendantiste jusqu’au bout des ongles. Les rencontres en voyage, quoique ephemeres,
creent parfois des liens qui perdurent dans le temps. Souvent plus que des rencontres en France ou avec des gens que l’on cotoie regulierement. Sans doute est-ce du a l’intensite des moments
partages. Le Cambodge est le royaume des ONG. Plus de 3000 y exercent. Au Café de la Nature, je fait la connaissance de Karine qui bosse dans une ONG qui a pour but de preserver la medicine
traditionnelle. Elle me montre avec entrain une video ou l’on peut voir un “sorcier” qui a l’aide d’un simple tuyau en plastique guerit divers maux. Il pose l’objet sur la zone concernee, inspire
d’un coup puis recrache des petites pierres noires qui representent le mal. Elle me certifie qu’elle a bien observe et qu’il n’y a pas de triche…Elle me parle egalement d’un mysterieux cimetiere
Tompuon perdu dans la foret…
http://www.flickr.com/photos/travelspics/
Ajouts de vies