de Kim Hafez
"Unghalak retrace le périple en canoë que Kim Hafez a réalisé à travers le Grand Nord canadien – sept mille kilomètres de solitude, parfois adoucie par les rencontres. Du Québec à l’océan Glacial arctique qui borde l’Alaska, à travers les Grands Lacs et les vastes rivières du Nord, l’auteur renoue, de rapides en portages, avec la tradition des “coureurs de bois”. Lentement, en compagnie des castors, des orignaux et des ours, il apprend la vie dépouillée du nomade. Cette quête sauvage, d’un an et demi, témoigne d’une communion intense avec la terre. Face à la rudesse de la nature, le coeur s’aguerrit, la fibre du dépassement s’exalte. À travers les épreuves du froid et de la faim, ou dans le murmure d’une légende indienne, c’est aussi l’émouvante histoire d’un homme qui se découvre et s’affirme au fil de l’eau."
Voilà un périple impressionnant. Et un récit surprenant et passionnant, une véritable bouffée d'oxygène. C'est très bien écrit, on suit son parcourt avec intérêt et on s'y croirait presque, ballotté par les flots, luttant contre les bourrasques, stressé à l'approche de l'embâcle! Une véritable ode poétique à la Nature de ce grand nord canadien. Le récit est par endroit assez technique mais surtout gorgé de passages mystiques. J'ai aussi apprécié son regard humble, respectueux et sincère. Hâte de lire le second: " Nomade du Grand Nord , En kayak de mer avec un chien esquimau"
Morceaux choisis:
"Les conditions exigent une concentration permanente, le moindre écart serait fatal. Anticiper les rouleaux, barrer, garder l'azimut, tenir les bouts…Avec les mains, les pieds, les dents. Bon sang! Qu'est-ce que je fais là? Plus de boulot! plus d'argent! Plus de copine! Tout ça pour quoi. Risquer ma vie pour trois kilomètres de plus…"
"Je l'avoue, les fins de journée dans le soleil couchant sont pour moi des moments privilégiés, uniques, inoubliables. C'est l'instant de vérité avec une contrée sauvage que j'essaie d'approcher, le moment de partage recherché après plusieurs aubes d'efforts. Cette récompense que m'offre la nature, quoique toujours semblable en apparence, est la plus belle que je connaisse, et elle seule, par le bonheur qu'elle engendre, justifie les privations."
" Des rapides froids me lèchent les reins dès l'aurore. Je reste attentif: maintenir le canoë parallèle au flot, tout en marchant, est essentiel. La moindre incidence provoquerait…Trop tard, une embardée soudaine me déchire l'épaule droite. Une vague cachée, un vortex, un contre-courant? Déjà, la rivière déverse ses paquets de mer dans mon canoë. Je n'arrive pas à le redresser."