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J’écris ces lignes dans le bar d’un village, au pied des Cardamones. Il y a de l’ambiance ici, et pour cause, une vingtaine de villageois regardent des matches de kickboxing dans ce bar ouvrant sur les quais de la gare. C’est vraiment un des sports, voire le sport le plus populaire dans le pays. Après tout de meme la corruption et la sieste.
Mais voila que l’on me fait signe au-dehors, le dernier train pour Pursat est en train de filer a l’anglaise! Je pique un petit sprint le long de la voie, il roule encore au pas. Arrive a sa hauteur, je jette mon sac par dessus la plateforme de l’unique wagon, avant moi aussi de me jetter litterallement dessus. Ouf! Je suis cette fois l’unique passage du train. A l’aller, il etait rempli a ras bord de paysannes revenant de la ville avec leurs provisions, leur krama a carreaux autour de la tete pour se proteger du soleil. Ce sont cette fois des sacs de charbons de bois qui les ont remplace. Le conducteur, un tout jeune adolescent, a la main sur un levier en bois controlant ainsi la vitesse. Une plateforme en bois posee sur deux essieux entraine par un moteur, voila a quoi ressemble ce train, surnomme bamboo train.
A pres de 50km/h, la campagne cambodgienne defile alors que la lumiere decline. De simples maisons en bois sur pilotis, quelques buffles ou cochons dans la cour, des champs de riz autour, voila a quoi ressemble l’habitation spartiate du paysan cambodgien. Les rails du chemin de fer sont loin d’etre parfaitement droites et semblent avoir ete deforme par quelque force. Les poutres metalliques sont de plus grossierement soudees entre elles faisant ainsi sautiller notre fragile engin. Pas etonnant que la ligne Battabamg Phnom Penh appartienne au passé! Nous traversons quelques villages au ralentit, enjambant quelque cours d’eau sur d’antiques ponts. La nuit se jette vite sur nous. Au loin, le ciel est assiege par les éclairs d’un orage menacant. La voie est eclairee par une simple lampe de poche, histoire de ne pas se prendre un buffle insomniaque. Parfois au loin une lumiere s’agite en tout sens, signe qu’un bamboo train arrive en sens inverse. La regle est alors que le moins charge laisse passer l’autre. On decharge alors et on souleve l’engin afin de le poser sur la bas-cote!
A Pursat, je suis quasiment le seul “barang”, etranger en khmer. Les gens sont ici particulierement souriants et accueillants. Je passe pas mal de temps a discuter avec un couple de cambodgien parlant le francais. Cette commercante tient une pharmacie dans la rue principale a quelques pas de ma Guest House. A 62 ans, cette ancienne enseignante de francais a trouve ce moyen afin de completer sa maigre retraite. Avec 15 dollars par mois, son pecule est loin d’etre suffisant pour vivre. Oui vous avez bien lu, 15 dollars par mois! Cette affaire lui pernet de gagner 2.5 dollars par jour en plus. Dire que je depense autour de 20 dollars par jour....Son mari, M.Long est un ancien docteur. Petit et sec, tout sourire, j’aime beaucoup sa bouille. Le seul moment ou son sourire s’efface, c’est lorsqu’il evoque la periode khmer rouge sous mes questions. “L’enfer” comme il dit. Pendant 5 ans, lui et sa femme ont abondonne maison et métier pour travailler de force dans les champs, de 4h du matin a 22h…Des journees harassantes contre deux grands verres de potage chaque jour. Encore ont-ils eu de la chance d’en sortir vivant car les intellectuelles etaient alors alors une des cibles du nouveau regime. Sans doute, son utilite a soigner la famille de quelques cadres leur ont valu la clemence. Le proces? Il ne le juge visiblement pas tres important car ce ne sont pas les responsables qui sont juges. Alors que le gouvernement compte dans ses rangs plusieurs anciens Khmers rouges dont le premier minister lui-meme…
Apres le village flottant de Kompong Chhnang, je me rend en moto dans un autre de ces villages construit sur le Tonle Sap, la mer interieure du Cambodge. A Kompong Luong, ce sont surtout des vietnamiens qui vivent dans ces habitations qui possedent nenmoins un certain confort. Tous les commerces sont representes dans ces “rues” ou se croisent embarcations divers. Etonnant. On trouve meme une eglise catholique qui denote dans le paysage et un poste de police dont l’unique officier fait la sieste dans un hamac attaché devant l’entrée! Quand je vous disais que la sieste etait un sport national…Notre barque croise meme des stations services flottantes qui ravitaillent parfois au large les navires traversant l’un des plus grand lac d’Asie.
De retour a PP, je change de standing avant les frontiers sauvages de l’Est. Une vieille connaissance m’offre l’hospitalite: grand et bel appartement, un lit king size d’enfer, air conditionne et une grande piscine…Que demande le peuple? Je sent qu’il y a un risque non negligable de m’attarder plus que necessaire…