Autre ville, autre fort, autre palais, autre couleur. Jodhpur la bleue, en raison de la
couleure de ses maisons, est egalement construite sur le meme schema: une veille ville aux rues etroites dominee par un immense fort. A ses pieds, le marche est dispose autour de la Clock Tower, une vague imitation de Big Ben.
Je fais la connaissance de Richard, un francais se rendant a un mariage a Bombay. Il apprehende un peu car le dernier, un autre de ces collegues indiens, n'etait pas a la joie. Cet indien, ingenieur en suisse, d'une haute caste, vivant et aimant vivre a l'occidentale a du neanmoins plier devant la pression de la famille... et le mariage arrenge. Son pere lui a fait parvenir 300 cv de jeunes filles...Il a choisi malgre lui, c'est marie dans le faste et la il n'en peut plus, il reve d'un divorce. Etonnant mais revelateur de cette Inde tenaillee entre modernisme et tradition.
Une autre rencontre sympa: un duo de motards athypique.Lui,la quarentaine, grand et costaud, pantalon kaki, cheveux rases mais un air doux et calme. Ce serbe de naissamce vivant en Allemagne a participe en Bosnie a la cruelle guerre des anness 90. Elle, 25 ans, israelienne, long cheveux bruns, petite et mince, elle a une voix grave et un regard triste eclaire parois par un jolie sourire en coin. Ils se sont rencontres a Goa et font route depuis ensemble sur une meme monture: une 350cm3 Royal Enfield, la moto made in India. Achetee 600 dollars d'occasion, un air de chopper, un dossier arriere pour le passager et des armatures metales sur les cotes pour les bagages, elle en jette, il y a pas a dire.A les ecouter m'evoquer leur periple, je les envie un peu car il est vrai qu'en moto, le voyage prend une toute autre dimension. Primo, on est completement free de partir ou et quand on veut. Ensuite,les contacts avec les indiens sont beucoup plus nombreux et vrais. En me rememorant mon trip en Afrique, je comprend tout a fait leurs choix. A vrai dire j'y avais pense pour l'Inde mais j'avoue que j'ai eu un coup de fleme. C'est que la conduite sur les routes indiennes, c'est physique et risquee. Mais quel pied cela
doit etre!Alors next time peut-etre...
Je visite le fort avec Stephane. Interessant de discuter avec lui car il est venu une premiere fois ici il y a 18 ans. D'ou ma question naturelle et legitime:quelles choses ont change?"Peu de choses mis a part le coca, le portable et internet, les voitures japonaises" me repond-il tout de go.Et aussi ajoute-il moins de pauvrete apparente. Celle-ci est-elle cachee en raison du developpement du tourisme ou y a t-il vraiment eu un progres? Bonne question mais difficile d'y repondre.Un element de reponse neanmoins:le gouvernement a mene une politique d'ouverture de la fonction publique envers les basses castes et qu'on sait le poids de la bureaucratie ici...
En descendant du fort, un beau sourire capte mon attention. C'est celui de Nigane, une indienne drappee dans un beau sarie jaune et rouge. Elle est assise devant une table recouverte de feuilles de menthe. Je prend du temps pour connaitre quelques minutes de son histoire.Elle est separee de son mari et eleve seule sa jeune fille. Difficile a un point que je ne peut imaginer surtout en Inde ou la societe met en marge ces femmes seules de plus de 30 ans. Pire est la condition de la veuve. Dans certains coins recules, des pratiques d'un autre age ont encore cours: la veuve rejoint vivante son mari sur le bucher.
Un jeune nepalais officie a l'hotel. Son bosse apprecie son travail mais il rechigne a lui accorder un mois au Nepal. Alors qu'il bosse 7 jours sur 7 pour 40 euros par mois..." Les indiens aiment beaucoup l'argent" me dit-il. "Et ils apprecient les nepalais plus travailleurs et plus honetes". Plus gentils, plus souriants mais aussi plus corveables a merci...
Je reprend le bus pour Jesalmer plantee au milieu du desert du Tarh. Il y a deux sortes de bus en Inde, les gouvernementaux, plus lents mais moins chers et les prives plus confortables. Ils sont affubles du nom de Deluxe. Un grand mot en fait pour des buses disposant d'un peu plus d'espace et de couchettes disposees au dessus de la rangee de siege. Prendre le bus en Inde, c'est une experience. Les routes minees de trous sont surchargees d'un traffic heteroclyte: des passants, des vaches, des chameaux trainant des carioles, une plethore de motos certaines chargees de lourds bidons metalliques ( c'est le lait qu'amene a la ville les paysans), des voitures et de lourds camions poussifs. (On va les surnommer Tata du nom du gros trust industriel indien.Tata est present partout: medias, telephonie et bien sur automobile. Il y a peu, Tata a presente au monde la voiture la moins chere du monde. Un pot de yahourt qui a 1700 euros permettra a la classe moyenne d'acceder au symbol de la societe de consommation: la voiture particuliere. Deja etouffe par la pollution et le traffic automobile,les millions de Tata qui seront bientot sur les routes ont de quoi faire peur aux defenseurs de l'environnement.)
Sur ces routes, la regle du jeu est d'aller le plus vite possible avec un maximum de passagers et en evitant tous les obstacles. D'ou une utilisation sans commune mesure du klaxon. Ce bus en possede deux. Le premier tres fort dispose de quelques tonalites aigus. Quant aux deuxieme, sa "melodie" est plus stressante et le chauffeur l'utilise pour prevenir par exemple une veille femme qui traverse qu'il vaut mieux qu'elle hate le pas. Ou encore pour prevenir une moto que arrive a un carrefour que le bus Tata va passer malgre la priorite. Ici la priorite va a l'engin le plus gros. C'est simple en fait mais le probleme se pose quand deux Tata arrivent a un croisement...A chaque agglomeration, le prepose au controle des billets crie la destination du bus par la porte entre ouverte au milieu du vacarme exterieure. A l'interieur, c'est un havre de paix si l'on ne tient pas compte des cris au telephones, des engeulades pour une place ou de la musique indienne. Il est aussi aise de lire un bon bouquin si on a la chance d'avoir des yeux qui ont la faculte de retomber sur la bonne ligne apres une secousse qui vous a projette a un mettre au dessus de votre siege. Ha le bus j'adore.
La couleur verte fait peu a peu place a la couleur sable. Au soleil couchant, Jesalmer apparait. Son fort construit sur un rocher surplombe la nouvelle ville. A l'interieur, c'est un entrelassement de petite rues ou meme deux ricksaw ne peuvent se croiser.Ambiance medieval mais deja le pied a peine pose, les marchands du temple accourent.